Peeping Tom par l’Opéra de Lyon

25 septembre 2018
25 septembre 2018 Julia Bouhjar

À la demande de l’opéra de Lyon, Franck Chartier et Gabriela Carrizo les chorégraphes et fondateurs de la compagnie de danse contemporaine belge Peeping Tom, ont récrée leur pièce mythique, 32 rue Vandenbranden, sur les danseurs de l’opéra dirigé par Yorgos Loukos.

Dès lors, la question que nous nous poserons sera la suivante : les danseurs classiques peuvent-ils s’adapter au répertoire de danse contemporaine ?

Le résultat est globalement convainquant. Le spectateur ressort secoué et conquis.
Quels sont dès lors les points sur lesquels la symbiose ne se fait-elle pas tout à fait ?

Le premier élément de comparaison est l’interprétation. Elle est moins aboutie, moins juste, moins profonde que chez les danseurs originaux. Il manque le mystère qui se faisait sentir chez les interprètes-créateurs, très « lynchiens », de la compagnie belge.

Le second est la physicalité qui paraît elle aussi moins évidente. Car rappelons-le, les danseurs de la compagnie Peeping Tom sont de formation contemporaine. Le danseur classique semble peiner à certains moments de l’héritage de sa formation initiale qui a tendance à l’élever trop dans les hauteurs. Il est moins « terre à terre » ce qui lui cause quelques soucis lorsqu’il s’agit de la gestuelle (qui par ailleurs a été modifiée de temps à autre pour paraître plus « classique »). Le travail du sol, le poids, la gravité ne sont donc pas aussi « organiques » qu’espéré.

Le troisième point est le rythme général de la pièce.
Étant moins à l’aise et n’ayant certainement pas eu des mois de répétitions, les raccords ne sont pas toujours au point. Cela est flagrant lorsque le changement de lumière, de musique et de mouvement ne se font pas simultanément et qu’il y a un sentiment de latence à certains endroits.

31 rue Vandenbranden Photo: Michel Cavalca

Le répertoire de la compagnie Peeping Tom est extrêmement dense et intense et se façonne généralement sur des danseurs interprètes qui créent eux même leur personnage grâce aux séances d’improvisation et à leurs traits de personnalité et facilités techniques.

Si l’on compare par exemple la pièce Mea Culpa (2004) du chorégraphe belge contemporain Sidi Larbi Cherkaoui à l’intention du Ballet (classique) de Monte Carlo, celle ci avait été directement créée sur les danseurs de la compagnie de Jean Christophe Maillot. Le résultat était donc très différent, et la gestuelle de Cherkaoui, très aérienne et gracieuse convenait mieux aux interprètes.

Verdict ? Les danseurs de l’opéra s’en sortent plutôt bien et relèvent en partie le défi. Ils restent, pour une compagnie majoritairement classique, polyvalents et risqués dans leur approche.

Et pour finir, le mot d’ordre de Victor Hugo « Ainsi le but de l’art est presque divin : ressusciter, s’il fait de l’histoire ; créer, s’il fait de la poésie »
Hugo Victor, préface à Cromwell, op. cit., p. 91.

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